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Pourquoi le rêve? Pourquoi le Dreamer?

Newsletter · 25 Mars 2026

C’est ça que j’aime —

les questions que je reçois à travers les conversations, les échanges, les emails. Le sentiment de proximité que cela crée. Les occasions d’aller plus loin. Et la manière dont le projet s’affine grâce à cela. Alors merci. Encore et toujours.

Cette fois, c’était lors d’un dîner entre amis, et l’un d’eux m’a demandé : « Qu’est-ce qui t’a conduit à l’analogie du rêve, et au choix de la figure du Dreamer pour un projet sur la conscience ? »

J’ai donné une réponse brève à table. Mais ce n’est que plus tard, une fois rentré chez moi, que je lui ai écrit cet email. C’est une psychothérapeute d’orientation jungienne, donc la question venait d’un endroit qui méritait, à mes yeux, qu’on s’y attarde avec un soin particulier. Le voici — plus ou moins tel que je l’ai envoyé.

Pour moi, le symbole du rêve — dans des expressions comme We The Dreamer — est la voie la plus féconde et la plus opérante que j’aie trouvée pour entrer dans l’enquête que je mène. Sur le plan psychologique, il m’aide à distinguer les contenus de l’expérience — les rôles, les conflits, les émotions, les récits — de l’attention consciente dans laquelle toutes ces choses apparaissent. Sur le plan philosophique, il m’offre une manière de tester une possibilité qui m’accompagne depuis longtemps : celle que la conscience puisse être plus fondamentale que le monde que nous tenons d’ordinaire pour solide et extérieur à nous.

C’est au fond pour cela que « The Dreamer » compte pour moi. Cela ne renvoie ni à l’ego, ni au soi autobiographique. Cela désigne quelque chose d’antérieur à ces constructions — la dimension observante de l’esprit, et la condition même dans laquelle tout cela se produit. Cela me donne un langage pour me demander si une part de notre souffrance ne vient pas du fait que nous traitons les apparences, les séparations, et les récits hérités comme des réalités définitives, plutôt que comme des expériences conditionnées à l’intérieur de la conscience.

C’est aussi pour cela que l’expression est devenue We The Dreamer, plutôt que « we the dreamers ». Il ne s’agissait pas de nommer un groupe, un mouvement, ni un ensemble d’individus partageant les mêmes idées. Il s’agissait de plier la grammaire vers une autre possibilité : non pas une multiplicité de soi séparés d’abord, mais une identité partagée — une seule conscience apparaissant à travers de nombreuses vies.

Ce qui m’intéresse aussi dans le mot « rêve », c’est qu’il arrive avec un premier sens déjà en place, puis qu’on lui demande peu à peu d’en porter un autre. Au départ, cela sonne comme quelque chose de familier. Puis, si le mot se décale ne serait-ce qu’un peu, il commence à faire davantage que nommer l’expérience. Il commence à en faire partie.

J’aime aussi cette analogie parce que, une fois ce déplacement amorcé, elle fait deux choses à la fois. D’abord, elle assouplit l’hypothèse par défaut selon laquelle la réalité serait simplement un donné extérieur, fixe, auquel le moi doit réagir. Ensuite, elle ouvre un cadre partagé. Si l’expérience est plus proche du rêve que d’une chose solidement donnée, alors l’identité est peut-être moins séparée qu’elle n’en a l’air.

A person standing on a large, book-shaped structure under a cloudy sky.

L’analogie du rêve aide à se tenir à la frontière où le modèle physicaliste et l’hypothèse d’un esprit premier peuvent encore coexister.

À l’échelle personnelle, cela rend We The Dreamer utile pour moi — non pas comme un système de croyance, mais comme une manière de tester ce qui se passe si l’on part de l’esprit en premier. Et si la conscience venait avant le monde ? Et si une même attention consciente tenait ensemble notre expérience ? Et si un seul esprit apparaissait à travers chaque corps, y compris le mien ?

Si je superpose ces idées à ma journée, est-ce que quelque chose change réellement ? Est-ce que cela assouplit la rigidité, réduit le blâme, et m’aide à rencontrer la vie avec un peu moins de défensivité — et un peu plus de perspective — ou bien non ?

Je sais que j’emprunte un mot lourd de sens, déjà chargé, et je veux le faire avec soin.

Et parce que je sais à quel point le mot « rêve » est chargé, profond, et déjà habité — surtout en psychologie, et bien sûr dans le sillage de Jung — je ne l’emploie pas à la légère. Je suis conscient d’emprunter un mot qui porte une longue vie symbolique. Et je veux le faire avec respect — pour les traditions qui l’entourent, pour celles et ceux dont le travail a été façonné par lui, et pour toute personne qui éprouve ce mot comme porteur d’un poids psychique et spirituel réel.

Pour moi, The Dreamer Project n’est donc pas une échappatoire hors de la réalité. Ce n’est pas non plus — même si je sais que le nom peut prêter à confusion — un projet centré sur nos rêves nocturnes. C’est une manière d’examiner si l’attention consciente est plus fondamentale que les rôles et les conflits qui prennent d’ordinaire toute la place.

Et si la conscience est réellement première — si elle précède la matière et l’espace-temps, comme l’avancent des penseurs comme Donald Hoffman, et comme Annaka Harris l’a exploré très sérieusement — alors ce que nous appelons réalité pourrait être quelque chose qui apparaît en elle, plutôt qu’une chose pleinement séparée d’elle.

Je continue à revenir à l’analogie du rêve parce que ce mot, pour moi, porte une forme d’espoir. Il laisse place à la possibilité d’un réveil — comme les mystiques et les traditions contemplatives le suggèrent depuis longtemps — ou, au minimum, à la possibilité de découvrir que ce que nous sommes est moins abîmé, et moins divisé, qu’il n’y paraît.

C’est aussi un geste audacieux. Et je dois mener l’expérience d’une manière qui respecte ce que ce mot lui-même signifie pour tant de personnes.

DANS LES ARCHIVES

Bien avant mon effort actuel, la même tension était déjà là : le monde extérieur qui presse, et l’intuition intérieure que l’expérience a toujours plus à donner que ce qu’elle semble d’abord contenir — comme si ce que nous appelons réalité était toujours un degré plus proche du rêve que nous le pensons.

Reflection of a city building viewed through a window with a yellow spiral and dot pattern overlay, showing lights and signage from inside.

Photographie en double exposition — 1999. NIKON FM2.