VERSION FRANÇAISE
Faire le point: notes issues d’une expérience d’éveil en cours
Une note de journal explorant si des changements de perception proches de l’éveil peuvent être accessibles sans croyance.
Newsletter · 5 Janvier 2026
Bonjour, c’est Martin,
Alors que nous entamons une nouvelle année, je voulais vous dire à quel point je suis reconnaissant envers celles et ceux qui ont continué à suivre mes notes et mon cheminement de pensée au cours de l’année écoulée. Beaucoup d’entre vous me semblent déjà être de chers amis, et je suis toujours sincèrement intéressé par les questions et les retours que vous m’envoyez. En ce moment, ce message s’adresse à un groupe relativement restreint de personnes avec lesquelles j’ai été en contact réel au fil des années — ce qui rend possible, et surtout précieux, le fait de considérer cet échange comme une conversation, et non comme une publication à sens unique.
Une ouverture, pas une destination — un moment d’orientation avant que l’expérience ne se poursuive.
J’ai particulièrement apprécié vos réactions à mon récent email explorant l’idée d’une « IA ancienne » et une approche où la conscience est considérée comme première. Pour l’année à venir, j’aimerais que nous nous donnions mutuellement le feu vert pour continuer sur ce chemin créatif et imaginatif — un chemin qui invite au dialogue réel, et qui nous aide à explorer de nouvelles frontières dans notre manière de penser la réalité, et de travailler avec l’esprit que nous habitons.
Mon intérêt principal porte sur la question suivante: les changements souvent décrits comme un « éveil » peuvent-ils être accessibles de manière séculière, sans foi ni croyance, à travers des transformations de la perception plutôt que de l’adhésion à des idées ou à la foi?
Personnellement, je suis aussi curieux de la manière dont ces changements pourraient se relier à des hypothèses anciennes et persistantes selon lesquelles la conscience serait fondamentale — mais cela reste une question ouverte, et non une conclusion. C’est ce que beaucoup d’entre vous connaissent déjà sous le nom Dreamer Project, et la théorie identitaire vivante que j’appelle We The Dreamer.
Nous sommes maintenant en 2026, et il est légitime de se demander pourquoi je reste attaché à l’idée d’expérimenter autour de l’éveil — guidé par des questions ouvertes, à la frontière de la science contemporaine, suggérant que notre sentiment d’identité pourrait dépendre de la manière dont nous comprenons la réalité elle-même: comme conscience-première plutôt que matière-première.
Cette expérimentation est un peu comme boire un coca bien frais sur un clavier d’ordinateur: agréable quand on travaille, mais légèrement risqué. Pourquoi ferions-nous cela — en desserrant nos certitudes habituelles et en menant des tests attentifs sur la perception, sans exiger de croyance — au nom d’une hypothèse non prouvée?
On tente le coup?
La stabilité est souvent quelque chose sur quoi nous tombons d’accord bien avant qu’elle ne fasse ses preuves.
La plupart d’entre nous vivons déjà sur des prémisses non prouvées.
Nous traversons la rue en supposant que les voitures vont s’arrêter.
Nous déposons de l’argent à la banque en faisant confiance à des chiffres sur un écran.
Nous mangeons des frites au restaurant en croyant que c’est vraiment de la pomme de terre.
Nous tombons amoureux en nous fiant à notre propre idée du bonheur.
Rien de tout cela n’est certain. Nous jugeons ces paris à leurs effets — selon qu’ils rendent la vie plus vivable ou plus cruelle. Certaines hypothèses échouent à l’épreuve de la vie et finissent dans le tas du « plus jamais ». D’autres n’ont besoin que de quelques confirmations positives pour devenir nos propres théories, sur lesquelles nous misons parfois gros — pour le meilleur ou pour le pire.
Juste Tester.
Je propose donc une hypothèse de plus à mettre à l’épreuve.
Pas croire. Pas prêcher. Juste tester.
Supposons que, plutôt que de commencer par la question de ce qu’est la réalité, nous commencions par observer ce qui se passe lorsque notre sens habituel du « moi » se relâche. Supposons que nous traitions l’identité non comme un fait fixe, mais comme une interface de travail — quelque chose que l’esprit utilise pour naviguer dans l’expérience.
Certaines personnes rapportent des moments où cette interface s’assouplit: où la conscience paraît moins personnelle, moins nettement délimitée, moins centrée sur un point unique derrière les yeux. Le monde ne disparaît pas — mais le sentiment de séparation change. Que l’on appelle cela éveil ou autrement m’importe moins que la possibilité d’explorer ce type de changement sans croyance obligatoire.
Cette expérimentation ne vous demande pas de remplacer les croyances ou les traditions par lesquelles vous vivez déjà — seulement d’observer ce qui se passe lorsque vous essayez un léger déplacement de la perception à l’intérieur de celles-ci.
Quand l’attention se déplace, la frontière entre l’observateur et l’observé ne disparaît pas — elle se desserre.
Nous savons déjà que l’esprit est capable de changements radicaux de perspective. Dans les rêves, nous volons, respirons sous l’eau, ou dérivons dans l’espace pendant ce qui semble être des heures. Dans les jeux vidéo, nous habitons sans effort des corps non humains et des règles physiques inhabituelles. Certaines expériences — méditatives, contemplatives ou extrêmes — peuvent également perturber notre manière habituelle de nous définir.
Je ne prétends pas pouvoir prouver que la conscience est fondamentale, ni que la réalité serait littéralement un rêve partagé. Ces idées restent des hypothèses — intéressantes, mais non prouvées. Ce qu’on peut mettre à l’épreuve, c’est de savoir si modifier notre manière de prêter attention à l’expérience peut transformer de façon fiable la manière dont nous nous percevons et dont nous vivons le monde — des changements souvent regroupés sous le terme d’« éveil », même si le vocabulaire varie largement.
À travers les cultures et l’histoire, des langages très différents ont été utilisés pour décrire de tels changements — religieux, philosophiques, poétiques. Ce sont moins les récits qui m’intéressent que le geste sous-jacent: un changement de perception qui semble réduire la souffrance, adoucir la réactivité, et élargir le cadre à travers lequel la vie est vécue.
La question qui m’intéresse est donc volontairement modeste : peut-on accéder à quelque chose de cet ordre — ce que l’on appelle souvent l’éveil — de manière séculière, sans croyance obligatoire, sans conversion et sans adopter une vision du monde, sans devoir passer par de longues retraites silencieuses ni même par une pratique formelle de méditation, simplement en expérimentant avec la perception ?
Voilà l’expérience. Le reste relève de l’interprétation.
L’expérience ne se joue pas dans les idées. Elle se joue ici.
Je ne suis pas ici pour vous dire ce qu’est « vraiment » l’éveil. Je ne suis pas ici avec des données secrètes, une science empruntée, ni une nouvelle révélation. Je suis ici avec une question simple:
Que se passe-t-il pour un être humain — et pour les lieux qu’il traverse — s’il vit comme si un éveil était possible, en pratiquant régulièrement une attention qui met la conscience au premier plan plutôt que la matière?
J’appelle cela expérimenter la vie en tant que Rêveur (Dreamer en anglais). Pas une religion. Pas un système de croyances. Un test de terrain de l’identité — superposé à la vie que vous menez déjà.
Dans cette expérience, je teste un petit ensemble de pratiques — certaines orientées vers les relations, d’autres vers l’entraînement de l’attention et de la perception. Un geste simple, dans les moments difficiles, est The Dreamer Stance: j’entre dans le lieu — quel qu’il soit — comme si toutes les personnes présentes appartenaient au même esprit.
Cela ne vous empêche pas de poser des limites.
Vous continuez à être en désaccord.
Vous continuez à dire non.
Mais vous refusez un geste : faire de qui que ce soit — y compris de vous-même — l’ennemi du monde.
Quelles que soient les réponses métaphysiques, je m’intéresse surtout à un éveil qui se teste dans la vie ordinaire — sans exiger des années de pratique intensive.
Que la conscience soit réellement première restera peut-être à jamais indémontrable. Les manuels ne changeront peut-être jamais.
Ce qui est testable, en revanche, c’est ceci:
Cela vous aide-t-il à rester humain là où les gens se durcissent ou se retirent?
Cela fait-il baisser la température dans les conflits?
Cela permet-il une réparation plus rapide?
Dans l’instant, j’utilise un petit interrupteur — presque un réflexe:
Est-ce que je juge, ou est-ce que je rêve?
Est-ce que je teste, ou est-ce que je rêve?
Voilà tout ce qu’est We The Dreamer: une expérience, jugée uniquement à partir de ce type de résultats. Je ne vous demande pas de croire que le monde est un rêve. Je vous demande ceci:
Qui devenez-vous si, juste un moment, vous vivez comme si c’était le cas — et que vous laissez les résultats parler?
Merci d’offrir ton attention à quelque chose qui la demande lentement en retour.
— Martin
Test de terrain (optionnel): The Dreamer Stance
Si vous avez envie d’un minuscule test cette semaine: en entrant dans un moment tendu (une discussion familiale, une réunion de travail, un échange de groupe), tirez à pile ou face pour choisir votre posture.
Pile: vous entrez comme d’habitude.
Face: pendant trois secondes seulement, essayez cette idée: toutes les personnes ici appartiennent au même esprit — et observez ce qui change dans votre prochain geste (le ton, le rythme, la première phrase que vous choisissez...).
Last updated: January 5, 2026